Au cœur du quartier Saint-Fargeau
Présentation
Située au cœur du quartier Saint-Fargeau dans le 20ème arrondissement, la station de tramway Adrienne Bolland est plantée au milieu du long boulevard Mortier qui forme un ruban continu autour de Paris. Saint-Fargeau, c’est l’un des quatre quartiers du dernier arrondissement de Paris. Il est délimité par la place Gambetta, la porte des Lilas et la porte de Bagnolet. Saint-Fargeau, c’était aussi un marquis de la deuxième moitié du 18ème siècle, à qui appartenait le château de Ménilmontant aujourd’hui disparu.
Quand on emprunte la ligne de tramway T3b pour descendre à Adrienne Bolland, les noms des stations surprennent : Marie de Miribel, Séverine, Delphine Seyrig… De nombreux noms de femmes, que l’on est peu habitué à entendre quand on sait que seulement trois stations des 301 stations de métro parisiennes portent le nom de femmes et 200 rues contre 4000 pour les hommes. Ces stations ont été le combat de l’adjointe au maire de Paris en 2012, Annick Lepetit, qui évoque un « effort légitime et mérité pour les femmes ». En effet, on s’inquiète de méconnaître la plupart de ces noms, qui sont ceux de femmes qui ont pourtant accompli beaucoup. Mais qui sont ces femmes, et qui est Adrienne Bolland ? Il s'agit s’une grande aviatrice née en 1895 et décédée en 1975 ; la première femme à avoir franchi la Cordillère des Andes en avion en 1920. Elle a milité pour le droit de vote des femmes et s’est engagée dans la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Lorsque l’on sort de la station Adrienne Bolland, on est rapidement surpris par un complexe de bâtiments intimidants, ceinturés de murs et de barbelés sur des dizaines de mètres. Ce n’est autre que la DGSE, le mythique service secret français popularisé par la série Le Bureau des Légendes dont plusieurs scènes ont été tournées sur les lieux. D’ici 2028, les 7000 agents de la DGSE auront déménagé dans le 12ème arrondissement, quittant l’historique boulevard Mortier qui accueille le service depuis 1949. Surprenant, le quartier abrite tant de tels édifices, que des lieux intimistes comme le charmant lotissement de la Campagne à Paris, cité ouvrière créée en 1907 et perchée sur une petite butte. Rues pavées et petites maisons aux murs de verdure, le dépaysement est assuré. Quartier dynamique, de nombreux évènements sont organisés pour encourager les liens sociaux entre riverains. Il y a une dizaine de jours, le 19 janvier, le café de liens a été inauguré au 72 boulevard Mortier. Ce nouveau lieu dédié aux plus de 60 ans est une Entreprise à but d’Emploi et a été créée dans le cadre du projet TZCLD (Territoire Zéro Chômeur Longue Durée). Saint-Fargeau, un quartier dont on parle peu et qui pourtant, ne manque pas de surprendre quand on s’y aventure.
« Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » d’après Georges Perec. Rester 5 à 10 minutes à une place précise, sans bouger et noter tout ce que l’on observe dans son champ de vision.
Une grande avenue d’une cinquantaine de mètres, des pistes cyclables de part et d’autre, des arbres le long des trottoirs. Des feuilles mortes sont emportées par le vent et traversent le boulevard en faisant des dizaines de petits rebonds sur le bitume avant de rejoindre l’autre rive. Les passants traversent ; 1 ,2 , 3 : le feu est à nouveau au rouge. Les bâtiments qui longent le boulevard sont longs, peut-être 10 étages, même 15. Un magasin de retouche de vêtements, une vitrine encombrée, deux hommes adossés à une grille d’immeuble. En face de la station de tramway, les volets de l’immeuble sont alternativement jaune et noir. Un volet noir, un volet jaune, un volet noir, un volet jaune. Les balcons des immeubles ressemblent à de gros blocs assemblés comme des legos à la façade. Le vent souffle et les passants cachent leurs cous dans leur cols, une femme âgée traverse péniblement le boulevard en tirant un cadi trop rempli. Dans une petite rue perpendiculaire au boulevard, des potelets de couleur atténuent la lourdeur des bâtiments. Un beau contraste. Vert, rouge, jaune. Deux passants. Un homme de taille moyenne, béret brun et cheveux poivre et sel, un long anorak qui lui arrive au milieu des mollets. En face, une femme d’une trentaine d’années, un carré court blond cendré, un trench crème et des mocassins. Aucune voiture dans cette rue. A quelques mètres, les passants traversent de nouveau, 1, 2, 3, le feu est rouge à nouveau. Le tram arrive à la station, le prochain arrive dans 10 minutes.
Focus sur Le Troquet de la Place, place Saint-Fargeau
Sur la place Saint-Fargeau, un petit bar-restaurant fait l’angle de la place et du boulevard Gambetta. C’est Le Troquet de la place ; un long store banne rouge où est inscrit « Le Troquet de la place » « Service continu 7/7 » couvre les tables extérieures. Une partie de la terrasse est protégée par une verrière coulissante aux structures d’acier. Devant la terrasse un tableau ardoise sur tréteaux encombre l’entrée. On peut y lire : HAPPY HOUR 17h-21h30 Pinte de St Omer 4,80 €
Lorsque l’on entre à l’intérieur du troquet, on découvre une pièce qui forme un angle droit. Le sol est orné d’un vieux parquet en point de Hongrie. Seule une petite parcelle est en mosaïque carrelage devant l’entrée ; on y lit « Au troquet de la place » en lettres rouges et ombrées. A droite, le comptoir est enfoncé dans un recoin. II est fait d’un bois sombre gravé. Un porte-verres suspendu en métal surplombe le comptoir. Des étagères ornent tout l’arrière du bar, abritant des dizaines de bouteilles et autres verres et récipients. Deux luminaires ronds en verre graphique sont pendus au-dessus du comptoir, à gauche du porte-verres. Ils diffusent une lumière jaune et chaude assez timide. Le reste de la pièce est éclairé par des lampes murales couvertes d’abat-jours de velour rouge. Il y en a cinq ou six. Du côté gauche de la pièce, une longue banquette bordeaux longe le mur. Quatre tables carrées en bois massif sont installées devant la banquette. En face, cinq autres tables, celle-ci rondes, sont positionnées de part et d’autre de trois piliers d’une cinquantaine de centimètres de diamètres. Le mur contre laquelle est installée la banquette est couvert d’un miroir tâché de petits pois noirs. En haut de ce dernier, sont inscrits sur un carrelage blanc, ces mots : « vins fins, champagnes, alcools de marques, Digestifs ».
Témoignage de Patrice, 70 ans, rencontré dans la rue Saint-Fargeau. Il porte un bonnet noir et une longue doudoune marron. Son bonnet laisse entrevoir des sourcils fournis et il porte des petites rouflaquettes blanches.
« Un lieu que je vous conseillerais dans ce quartier ? Après vous savez moi ça fait vingt ans que j’habite ce quartier mais je suis plutôt un breton. Mon père et ma mère viennent de Vannes. Je dirais que je suis une sorte de breton expatrié. Mais sinon, dans le quartier, j’aurais envie de vous dire les Buttes Chaumont, c’est sympa. Il y a plein de jeunes qui y vont pour se balader, faire des pique-niques et tout ça. Sinon, vous devriez aussi aller voir le Cimetière Père Lachaise, vous connaissez certainement. J’y ai travaillé vous savez, pendant 20 ans. J’étais agent d’entretien donc je m’occupais du parc. C’est un très bel endroit, il y a les tombes de pleins de gens célèbres. Autrement, vous devriez aussi voir l’église de Jourdain, elle est très belle. J’en sors justement, je suis allé prier. Vous croyez en dieu ? Moi je l’ai vu, j’ai vu les anges et le démon plusieurs fois. Vous savez quand vous avez ces apparitions, vous comprenez tout, d’un coup votre vie s’éclaire. J’ai vu dieu et il m’a parlé. Vous vous rendez compte ? J’espère que si vous n’avez pas la foi vous la trouverez, c’est la plus belle chose que je puisse vous souhaiter. »
Rapport d’étonnement
Sur le boulevard Mortier, pourtant large d’une quarantaine de mètres, on ne peut voir que quelques passants. Peut-être cinq ou six personnes foulent les longs trottoirs qui longent les voies de tramway. On entend surtout le vent, sifflant et emportant les feuilles mortes qui jonchent le sol. Dans la rue Saint-Fargeau, une petite rue perpendiculaire au boulevard, personne. Les lourds immeubles années 70, de grands blocs d’un gris sali, dénotent en proportion avec la rue. Quelques minutes de marche plus tard, on atterrit sur la place Saint-Fargeau. Là encore, personne. Toujours le bruit du vent. Les trottoirs vides brillent, mouillés par la pluie tombée plus tôt dans la journée. Une pharmacie, un magasin d’alimentation générale et une boulangerie. Personne n’en sort ni n’y rentre. Les commerçants esseulés. On aperçoit pourtant, en scrutant à travers les vitres d’un bistrot, quelques jeunes fumant et sirotant une pinte de bière ou un Moscow Mule. Mais toujours aucun bruit, aucune voix. On est frappé par ce silence. Il y a le vent, c’est vrai, quelques voitures et le son des portes de bus qui se ferment. Ce n’est qu’en franchissant l’entrée du bar que l’on retrouve l’habituelle cacophonie parisienne : l’entremêlement des discussions, les esclaffements, les serveurs au pas pressé, la queue pour les toilettes…plus de doute, nous sommes bien à Paris.
Phrases ou bribes de phrases entendues dans le quartier
- « Ici c’est des vieux cons, ça fait 20 ans que je vais dans ce bar» [20h07]
- « il y a vingt ans en arrière je vous aurais dit de rester » [20h03]
- « Avant j’allais en face mais maintenant je peux plus » [20h06]
Détails justes : Casquette, longue barbe à l’écossaise, yeux globuleux, embonpoint, veste blaser
- « Qu’est-ce que vous cherchez les grandes ? » [20h01]
- « Vous avez une mosquée à côté si vous voulez » rires
Détails justes : Grand lunettes carrés vintage, chapeau melon, grande taille (1. 75)
- « Oh j’commence à avoir la gorge sèche moi » [20h25]
Détails justes : accoudé au bar avec une chope de bière, barbe noire garnie, chemise à carreaux rouge
- « Quai des libertés, c’est un cabinet hyper engagé » [20h40]
Détails justes : cheveux blonds polaires attachés dans une tresse, tee-shirt blanc ample, le coude droit posé sur la table et la tête reposée sur sa main.
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