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Interview : élections présidentielles en Indonésie.

Enseignant chercheur en management interculturel, Anda Djoehana Wiradikarta a travaillé 23 ans en entreprise et publie aujourd’hui des articles pour le média en ligne Asialyst. Depuis 2003, son terrain de recherche est l’Indonésie et il a pu couvrir les élections présidentielles récentes qui ont hissé l’ex-général Prabowo Subianto à la tête du pays, le 14 février dernier.

Comment, selon vous, peut-on expliquer la popularité de Prabowo Subianto, qui a été impliqué dans le régime de Soeharto et accusé de torture, d’enlèvement et de violation des droits de l’Homme pendant la dictature indonésienne ?

Effectivement, la presse anglo-saxonne dit qu’il est soupçonné mais il n’y a pas de preuve. On dit qu’il a commis des exactions à Timor de l’Est quand il était sous occupation indonésienne, oui. Il faisait partie des troupes spéciales à l’époque, et vous savez les troupes spéciales n’ont pas bonne réputation. Et alors comment l’expliquer ? Déjà la moitié des Indonésiens ont moins de 35 ans, ce qui veut dire qu’à l’époque ils n’étaient pas nés. Et puis l’image que travaille Prabowo Subianto joue aussi beaucoup. Il se présentait comme un grand papa joufflu. Bon...et bien ça marche, la preuve. Ce qui a joué aussi c’est que, comme Jokowi le soutenait, et que Subianto a proclamé qu’il poursuivrait les politiques de Jokowi. Et Jokowi est un personnage très populaire.


Prabowo Subianto a déclaré assurer la continuité de la politique de Joko Widodo. Cependant, craignez-vous un virage nationaliste, notamment en matière de politiques étrangères ?

Alors oui, c’est très probable. Le nationalisme reste quelque chose de très fort dans les pays anciennement colonisés, et c’est normal parce que ça commence par un mouvement national, donc nationaliste au sens positif. On veut construire une nation pour se libérer d’une puissance coloniale. Il y a une confusion en Indonésie entre nationalisme et patriotisme. Vous connaissez cette phrase de Romain Garry qui dit « le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres » ? C’est ce que j’appelle une vision négative du nationalisme. Alors que Benedict Anderson lui, en propose une vision positive, à savoir la prise de conscience d’une population qu’elle est un sujet politique. Et cette conscience en Indonésie, apparaît pour moi dans les années 1920. Donc c'est vrai que le nationalisme est une notion déjà très ancrée en Indonésie.

La question écologique n’avait pas été placée au centre du débat lors des dernières élections de 2019, peut-on espérer des évolutions ?

Alors c’est plutôt une question d’opinion, et il y a une sensibilité de plus en plus forte aux questions écologiques. On est dans un pays qui n’est plus sous développé, l’Indonésie essaie même de faire partie de l’OCDE. Et elle est même passée à la catégorie « up and middle income », avec la Chine. Et chez les urbains, il y a une très claire conscience écologique. A propos de ce sujet, j’ai fait une recherche sur les ramasseurs de déchet indonésiens il y a une dizaine d’années, qui avaient une organisation très solidaire, égalitaire. Ça fonctionne à l’indonésienne c’est-à-dire que c’est consensuel et démocratique, même si je me mouille en disant ça. En ce qui concerne la déforestation, les gens y sont sensibles sauf que semble-t-il le palmier à huile n’est pas le principal facteur de déforestation dans le monde. Par rapport à la politique de Prabowo Subianto, je n’ai rien vu sur les questions écologiques et je pense que l’accent sera davantage porté sur la défense. L’Indonésie est en train de s’équiper ; entre les rafales et les sous-marins. C’est d’ailleurs un ancien ministre de la défense et un ancien militaire.