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Charlie

Le 11 janvier 2015, une grande marche est organisée après les attentats de Charlie Hebdo. Les chefs d’Etat et de gouvernements défilent dans une parade solennelle Boulevard Voltaire, aux pieds de mon immeuble.

Hier soir, ma marraine est arrivée à Paris. Nous avons passé quelques heures assises sur la table de la cuisine, confectionnant des pancartes en carton pour la manifestation de demain. Sur des feuilles de papier canson assez souples que j’avais arrachées d’un carnet de dessin, nous fabriquions aussi des petits écriteaux à scotcher sur des tee-shirts. Trois jours plus tôt, j’avais appris, aux alentours de midi, qu’il y avait eu un attentat près de chez moi. Mon père m’avait appelée en me disant de ne pas sortir de la maison. Je m’étais arrêtée au milieu de mes exercices de violoncelle et j’étais restée un moment assise, les yeux perdus dans le vide. Au collège, ma professeure de mathématiques avait pleuré le lendemain du 7 janvier. Je n’avais pas peur, mais je sentais que quelque chose de très grave était arrivé. C’était quelque chose de grand.

Aujourd’hui, nous sommes le dimanche 11 janvier. Papa et maman m’ont dit que c’était important de sortir manifester. Il est 10 heures et les porte-fenêtres des immeubles du boulevard Voltaire s’ouvrent. Un homme installe une pancarte “je suis Charlie” sur son balcon. Un autre y a inscrit “je suis juif”. Je sors sur le balcon et je salue mon voisin, sorti lui aussi. Chacun s’accoude sur son balcon filant, les yeux rivés sur le boulevard. Sur le trottoir, des barrières ont été installées de part et d’autre de la route. Des policiers se postent et prient les riverains de rentrer chez eux. Certains essaient de franchir le pas de leur porte et sont rapidement renvoyés.

Au loin, une parade d’hommes en tailleur noir se rapproche. On peine à distinguer les visages à travers les branches des platanes. Le groupe s’étend sur une dizaine de mètres et forme une masse muante. La marche est lente. Petit à petit, on distingue certains hommes : Manuel Valls, Nicolas Sarkozy. Matteo Renzi marche aux côtés de Mahmoud Abbas. A leur droite, Angela Merkel. Une orde de chefs de gouvernement sont tous là, cohabitant dans une promiscuité qui semble étouffante. Je crois que papa et maman sont émus. Ma mère a posé sa tête sur l’épaule de mon père. Quand je baisse les yeux de nouveau, un petit homme au centre de la parade me regarde, j'esquisse un sourire. C’était François Hollande, le président de la République.