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Reportage : Des cantines "100% bio et durable" d’ici 2027 ?

Face aux enjeux écologiques, la Ville de Paris a lancé son deuxième Plan Alimentation Durable en 2022. D’ici 2027, les cantines devront être « 100 % bio et durable » : mais qu’en est-il vraiment à mi-période ?


Dans son petit bureau rue Eugène Spuller, Djouhar Belouali, directrice de la Caisse des Ecoles de Paris Centre, nous accueille amicalement. Chargée de la mise en application du plan alimentaire durable dans le 3ème arrondissement, elle le qualifie de “ très ambitieux.”. Pour elle, “les objectifs 100% bio et 50% local alors que le bassin parisien n’est pas le plus producteur [sont] complexe[s] à réaliser”. Elle évoque le manque de moyens pour atteindre les objectifs fixés par le plan: “mes budgets sont hyper contraints”. Alors que le budget de la caisse des écoles est constitué en grande partie de ce que payent les familles pour la cantine, les recettes collectées restent trop maigres. “Les familles payent en moyenne un repas à 3,80 euros alors que la production d’un repas bio me coûte 8 euros.”.

A mi-parcours du plan, on bloque ? “Là on est a presque 80% de bio, donc on commence vraiment à atteindre des seuils max” Peut-on envisager que le plan soit mené à bien d’ici trois ans, quand les budgets font défaut ? “Si on veut que j’aille à 100% des objectifs, on va devoir m’aider un peu” s’amuse Djouhar Belouali d’un air acerbe.

La solution pour l’animatrice de l’association “Un plus bio”, réseau de cantines qui vise à créer des cantines “populaires, locales et bio” est simple : végétaliser les repas. Pour Inès Revuelta, “ce qui, au final, est bon pour le climat, pour la santé publique, pour le plaisir des papilles, l’est aussi pour le budget!”. Pourtant, la solution végétarienne n’est pas celle retenue par la Ville de Paris, les mesures se concentrant sur la nourriture bio.

Plus qu’une simple solution végétarienne, Inès Revuelta plaide pour une politique de sensibilisation à l’alimentation durable. Cette dimension, la Caisse des écoles l’a anticipée et déploie des équipes d’animation dans les écoles. A ce sujet, la directrice de l’école Rampal (19ème arrondissement) témoigne de la venue d’une diététicienne de la caisse des écoles dans l’établissement. Elle insiste sur le fait que “ce sont les enseignants qui souhaitent travailler là-dessus qui la contactent”, réaffirmant une part d’autonomie de l’école dans la mission de sensibilisation. Par ailleurs, elle note une évolution dans les interventions “avant elle intervenait sur l’équilibre alimentaire, la ça fait 2 ans qu’elle intervient beaucoup sur le développement durable”.

Les cantines sont ainsi à la base d’une réflexion sur l’alimentation étant “des espaces d’échanges, de rencontres qui permettent un certain apprentissage”, qui “nourri[ssent] aussi intellectuellement et politiquement” selon la militante. En effet, “manger mieux, bio, brut, local et de saison est pour nous un premier pas qui peut entraîner déjà des changements palpables”. Mais Djouhar Belouali est plus sceptique : “moi je m’occupe de 5 repas dans la semaine, mais le reste ?”. Il faudrait selon elle mettre en place des campagnes de “mieux-manger” au sens large pour avoir un réel impact sur la consommation.